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Coups de coeur Musique 2012

Toutes les musiques qu'on aime !

Rocket Juice & the Moon, Honest Jons Records (Modulor), 2012.

En 2012, Damon Albarn est partout à la fois : il réunit son premier groupe, Blur, pour un concert exceptionnel à l’occasion des jeux olympiques de Londres ; il publie un album solo, Dr Dee, mystérieux opéra rock racontant l’histoire d’un authentique érudit et occultiste anglais du XVIe siècle (sur une idée originale d’Alan Moore) ; il produit et co-compose The Bravest man in the universe, l’album de la résurrection du dinosaure soul Bobby Womack (entendu déjà sur le dernier album de Godzilla, autre formation dont Albarn tire les ficelles) ; enfin il donne tête baissée dans l’afrobeat, l’une de ses grandes passions, en compagnie du percussionniste et batteur Tony Allen, compagnon de route de Fela, et du bassiste des Red Hot Chili Pepers, Flea. Plus quelques recrues d’ici et de là, Erykah Badu, Fatoumata Diawara, Check Tidiane Seck, et le rappeur ghanéen M.anifest.

Résultat : Jus de fusée et la lune, autant dire n’importe quoi pourvu que ça pulse, que ça décolle et que ça vole au-delà de la stratosphère. C’est entraînant, lancinant, nourrissant, il est permis d’avoir une petite réserve sur la production : tout ceci est un peu pépère, misant sur la pure et simple alchimie du bœuf entre copains. Peut-être que Damon Albarn en fait un peu trop, après tout…

Nicolas Repac, Black Box, No Format ! (Universal), 2012.

Nicolas Repac, guitariste, compositeur, homme de l'ombre et alter ego d'Arthur H depuis quinze ans, s’isole régulièrement dans son home studio, et face à sa banque de samples, il bidouille, triture, arrange les sons, comme on fait tourner les tables : pour rendre leurs voix aux morts. Il avait ainsi inauguré en 2004 le label No Format, laboratoire le plus original que l’on puisse espérer au sein d’une major, en l’occurrence Universal, avec Swing Swing, divagation jazz rétro-futuriste. Au terme de diverses expériences dont un album de chansons (La grande roue, 2007), il revient dans le giron de No Format avec le projet Black Box. Que trouve-t-on dans cette boîte noire, mémoire de vol qui résiste à tous les crash ? L’essentiel bien sûr, c'est-à-dire le blues en éternel retour, le blues en paradis perdu, le blues toujours archaïque et toujours révolutionnaire. Repac se plonge dans la fameuse collection de l’ethnomusicologe Alan Lomax (les mêmes sources déjà pillées par Moby pour son célèbre Play en 1999), et ajoute dans le chaudron Bo Diddley, Bonga, Blind Willie Johnson, Cheikh Lô... et lui-même. Blues toujours, tu m’intéresses.

À noter : Nicolas Repac sera en concert à la MC2 de Grenoble en janvier 2013, pour une autre aventure, la mise en musique de lectures poétiques par son vieux complice, Arthur H.

Sandra Nkaké, Nothing for granted, Jazz Village (Harmonia Mundi), 2012.

Sandra Nkaké, Camerounaise installée en France, chanteuse, actrice, femme multiple et libre, s'était fait remarquer par un premier album nu-soul, Mansaadi (2008), avec notamment une reprise personnelle et très relevée de La Mauvaise réputation de Brassens. La voix, puissante et charismatique, de la diva témoignait d’une virtuosité, d’une sophistication, d’une palette immense allant des cris rageurs aux psalmodies susurrés, dont elle aurait pu se contenter… Mais son deuxième album s’intitule  Nothing for granted, publié par le tout jeune label Jazz Village (pour eux aussi, c’est seulement la deuxième publication ! la première étant un album d’Ahmad Jamal, Blue Moon, que nous avons aussi, qui est très beau aussi…) Autrement dit : rien de garanti, ni d’acquis. Elle a pris un risque, celui d’un album entièrement écrit et composé par elle-même, avec son complice de longue date, le flûtiste Ji Drû. En 12 titres elle déploie toute sa maîtrise musicale et son ouverture d’esprit, sa hargne comme sa douceur.

 

Electro Deluxe / Live in Paris

Electro Deluxe, Live in Paris, Stardown (Naïve), 2012.

 

 

« Electro » pas forcément, mais « Deluxe » sans conteste, si l’on considère que le « lux » étymologique est la lumière des spots qui enflamme les cuivres. Né en 2001, le combo à géométrie variable Electro Deluxe est une centrifugeuse à jazz, funk, hip-hop, électro un peu tout de même, voire soul en fonction des amis de passage (Ben l’oncle Soul sur l’album Play en 2010). C’est aussi un vivier musical dont les membres sont la crème des musiciens de scène d’aujourd’hui, très sollicités sur divers projets.

Au bout d’une décennie marquée par trois albums et de nombreuses tournées en France, dans le monde (Chine, Inde, Canada, Mexique, Europe) et dans les plus prestigieux festivals, le groupe fête sa longévité et son énergie intacte en s’offrant un double album live enregistré à l’Alhambra (Paris). Pour l’occasion, le quintette de base, Thomas Faure (saxophone ténor, arrangements, direction), Gaël Cadoux (claviers), Jeremy Coke (basse), Arnaud Renaville (batterie) et Vincent Payen (trompette) s’adjoint les services du chanteur américain James Copley et d'un big band d’une douzaine de soufflants en ordre de bataille. Le double CD inclut six vidéos en noir et blanc qui restituent fidèlement le groove infernal et la puissance scénique d’Electro Deluxe.

Les temps modernes / HK et les Saltimbanks

 

HK et les Saltimbanks, Les temps modernes, Blue line (Play it again Sam), 2012.

 

 

Enfonçons le clou ! Le premier album d’HK et les Saltimbanks, Citoyen du monde, était un coup de cœur en 2011… Le second, Les temps modernes, en sera un en 2012, puisqu’après tout nos cœurs n’ont point cessé de battre. La chanson française généreuse, métissée et volontaire, ce sont eux cette année encore : HK, alias Kaddour Haddadi, a décidément trouvé la formule de la chronique sociale qui fait bouger les corps et, en rythme, les consciences. Il parle cependant moins de lui-même, cette fois, prêtant sa première personne à d’autres – un ouvrier antillais dans le superbe Toute mon vie, ou Stéphane Hessel lui-même dans un hymne intitulé (forcément) Indignez-vous. L’heure est grave certes, mais heureusement on rit encore, comme dans le portrait du vieux rocker incurable qui cherche le contact avec la génération hip-hop, Chtimibigoud.

Quelques invités : Flavia Coelho, Karimouche et Souad Massi, trois voix d’exception chacune dans son registre, ont droit à une chanson chacune ; le MAP, ex-groupe de HK, est toujours présent ; et puis la voix de Fairouz est là aussi, samplée lorsqu’on évoque le printemps arabe… Les deux reprises de l’album, le gospel We shall overcome et Amsterdam de Brel, sont elles aussi très réussies, non seulement à l’écoute (difficile de résister à l’envie de reprendre ces deux chansons à tue-tête avec le groupe) mais aussi quand on lit dans le livret les notices qui les contextualisent et leur donnent du sens… S’approprier un air connu peut facilement tomber dans la démagogie, sauf à savoir pourquoi on le chante !

Esperanza Spalding / Radio music society

Esperanza Spalding, Radio Music Society, Heads up International (Universal), 2012.

 

 

Celle qui incarne au XXIe siècle un jazz à nouveau « populaire », cool, lumineux et sexy, à la fois politique et dansant, comme celui du siècle précédant, c’est elle, Esperanza Spalding, bassiste, chanteuse, compositrice. La pochette de son quatrième album la présente non plus épousant sa contrebasse mais juchée sur un ghetto-blaster… De fait, elle donne de la voix, lorgne davantage vers la soul chic et soyeuse, sans toutefois renier ses accointances jazz (invités ici : Jack DeJohnette, Joe Lovano, Lionel Loueke, Lalah Hattaway…) L’édition « collector » acquise par la médiathèque contient un DVD : un film à sketches réalisé par Pilar Sanz (et écrit par Esperanza), décline, clip après clip, chaque chanson de l’album. Le visionner comme un long métrage engendre une douce euphorie, la sensation irréelle d'être projeté dans un monde merveilleux peuplé d'êtres humains jeunes, beaux, noirs ou blancs ou un peu les deux, homo ou hétéro ou un peu les deux, mais en tout cas New Yorkais, sympathisants de Barack Obama et démontrant un irréprochable sens du swing.

Camille / Ilo veyou

Camille, Ilo Veyou, Virgin (EMI), 2011


Cinquième album de Camille, et encore des explorations musicales tous azimuts. Entourée d'un quatuor à cordes, d'une guitare et d'un piano préparé pour lui donner un son brinquebalant, retors et saturé, la chanteuse qui prend sa voix pour un instrument (voire plusieurs), a enregistré cet album à l’été 2010. C'est un disque d'amour, qui s'amuse et se languit du décalage entre le monde d'aujourd'hui et l'esprit hippie des années soixante-dix : 15 titres, entre comptines vicieuses (à la façon du dernier album de Katerine) et pastiches absurdes (son imitation de Mireille Mathieu est très convaincante sur La France), ballades folkloriques, ritournelles a capella, chansons d'oiseleurs et de ménestrels, et bons vieux R&B pour remuer les fesses de tout ça.

Dib Colossus / Addis through the looking glass

Dub Colossus, Addis through the looking glass, Real World (dist. Harmonia Mundi), 2012

 

Le reggae éthiopien de Dub Colossus (alias Dubulah, compositeur, guitariste, bassiste, clavier…) est sophistiqué, ensoleillé, et éclectique. Il est basé sur des rythmes éthiopiens bien sûr mais qui sont mélangés avec de l’électro bien assimilée, du post-folk, du rock raffiné, du jazz de science-fiction, du blues. Au milieu d’un répertoire original très attrayant porté par un casting cosmopolite où on retrouve l’un des chanteurs de Steel Pulse et le bassiste d’Asian Dub Foundation, les amateurs remarqueront en outre une version de « Satta Massagana », un classique des Abyssinians déjà repris naguère par Third World, Johnny Clarke, et bien d’autres.

David Lynch / Crazy clown time

David Lynch, Crazy clown time, Sunday best recordings (dist. Play it again Sam), 2011

 

 

Artiste aux multiples talents (réalisateur, compositeur, photographe, peintre, musicien), David Lynch n’en est toutefois pas à son coup d essai dans le champ musical. Le cinéaste avait déjà réalisé la bande sonore du livre-catalogue de l’exposition à la Fondation Cartier en 2007, puis participé à l’album « Dark Night of the Soul », de DANGER MOUSE et

SPARKLEHORSE.
Avec « Crazy Clown Time », Lynch est à la fois auteur, producteur, instrumentiste, et parfois chanteur (comme sur le très inquiétant These are my friends), se révélant bluesman ravagé à la manière d’un Tom Waits. Au long de ces quatorze titres, il nous embarque dans une electro pop en clair obscur, à la fois futuriste et fascinante, tout droit sortie de « Blue Velvet » et « Lost Highway ». Cerise sur le gâteau, la chanteuse KAREN O des YEAH YEAH YEAHS a été choisie comme collaboratrice en apportant savoix au premier titre de l’album.

Aziza Brahim & Gulili Mankoo / Mabruk

 

 

Aziza Brahim & Gulili Mankoo, Mabruk, Reaktion (Musicast), 2012.

 

 

 

 

Selon son label (français) Reaktion, « Aziza Brahim personnifie la nouvelle voix des Sahraouis, ce peuple qui résiste et lutte encore pour son indépendance ». La chanteuse est née dans les campements de réfugiés proches de Tindouf, en Algérie. En exil depuis toujours, elle enchaîne dès 1995 les tournées avec divers groupes sahraouis puis espagnols – elle s’installe en Espagne en 2000 – pour enfin rejoindre en 2006 le groupe Gulili Mankoo, composé de musiciens sahraouis, espagnols, colombiens et sénégalais, qui fusionnent la tradition et l’électricité, la musique africaine et sahraouie, les accents rock et blues, voire un peu funky sur les bords. C’est avec eux qu’elle vient d'enregistrer son premier album, Mabruk. Elle pose ici sa voix puissante et émouvante sur les poèmes de sa grand-mère, Ljadra Mint Mabrouk, poétesse célèbre auprès des Sahraouis. Tous évoquent le combat pour l’indépendance du peuple sahraoui, les séquelles du colonialisme, la difficulté de vivre en exil et les morts héroïques tombés pour la cause du Front Polisario.

 

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